De tous les mondes vivant dans mon esprit, j’aurai toujours choisi d’habiter celui où je demeure le plus mélancolique. Où la nostalgie colore cette voûte tragique et étoilée. Où le vent ne fait que balayer les vestiges d’un destin en friche. Dans cette kyrielle de miroirs s’observent cette image de soi, tantôt maladroitement lisse, tantôt terriblement sombre, tantôt insatiablement volontaire, malléable avec le temps, distordue dans cet espace clos. Demeure cette humanité flamboyante et terrifiante, une vulnérabilité défrayant les vertus de la raison. C’est dans ce monde que j’ai choisi de vivre. Dans cette maison où les sentiments sont véritables, où la plus béante euphorie enlace la plus effroyable détresse.
Les lignes du temps s’allongent. Nos jeunesses s’éloignent à mesure que nos vies s’étoffent, puis s’étiolent. Il y a de cette ingénuité qui nous anime parfois. Il y a de cette naïveté qui nous permet d’avancer tant bien que mal. Le fondement de nos personnalités défaillantes et de nos inclinations d’êtres imparfaits. On se grime en hommes sociaux, à masquer les aspérités de nos âmes, à pallier notre profond dégoût de soi. Ce monde est là, et il m’écrase de tout son poids, de tous ses tourments et sa désolation.
Et ce monde, je l’ai choisi précisément pour cela. À subir l’oppression des années qui défilent, chaque bouffée d’oxygène aura été mienne et chaque pas en avant sera preuve d’une immanence irrépressible.