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La nature des espoirs

J’ai longtemps été en colère contre les gens comme toi. À être insouciant. À se savoir heureux. À se contenter. À aimer raisonnablement. À ne pas vouloir trop avancer. À vivre. À dormir. À survivre. Cette vague qui t’emporte à bras le corps, qui t’étouffe et te noie. Sens-tu cet air soudainement et terriblement froid qui t’emplit les poumons ? Cette salive qui t’écorche tous les recoins de la gorge ? Les jambes fléchissent, les muscles se tendent. L’espace se rétrécit. Le monde s’agrandit alentour. Le désarroi du nihilisme.

J’ai voulu mourir pour bénéficier de la postérité sans avoir à m’occuper de la contemporanéité. J’ai voulu détruire ceux que j’aimais pour donner raison à mes déraisons. J’ai été le plus lâche des hommes, simplement parce que j’ai pu. Je réprime horreurs et vices, comme si cela suffisait à les effacer. Je rêve de tuer un homme. Je rêve de faire imploser cette société médiocre où l’on est né. Je rêve de domination ignoble, de violence inouïe, et d’apocalypse jubilatoire. Je rêve des marasmes des enfers, car les doux cieux m’emmerdent.

La solitude détruit l’homme. La frustration des rêves avortés, telle est le terreau de la déchéance. Les hommes qui ne connaissent pas la colère – pas l’impétueuse, mais la véritable, celle qui embrase le monde – ne savent rien de la nature des espoirs.

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