A s’entendre ressassé ce « what’s in it for me ? » nostalgique et névrosé, Avigdor Zahner-Isenberg nous convie intimement aux confluents mêmes de sa vie d’homme et d’artiste. Car à cette funeste oraison du couple érodé par le temps converge tout un pan d’influences du jeune songwriter américain : du rock californien, de l’existentialisme, et du paradoxe.

« What’s in it for ? » aurait pu être une languissante et tumultueuse fresque sordide, comme elle aurait pu être un contre-pied jusqu’au-boutiste et autarcique. A la place, Avi Buffalo privilégiera un hybride esthétique d’une musicalité qui a grandi pourtant bien loin de chez eux. Il y a certes ces rythmes immortels, ces flux de guitares lancinants et cette chaleur diffuse qui transparaissent de cette chanson ; mais il y a surtout comme une insouciance naphtalique, une indolence salutaire d’un fracas en devenir.

Il y a ces regards qui se perdent, de peur, de joie, d’émois. Il y a ces mots dits qui auraient du être tus. Il y a ces moments qui ne se suffisent plus, alors on les invitent, on les invoquent, on les rêvent pour ne plus avoir les vivre.