Ce que nous nous plaisons à voir et admirer au fil du temps sont ces fulgurantes ponctualités. De ces futilités diluées dans le temps, nous y trouvons ce mélange bâtard de personnifications d’idéaux et préciosités de l’instant. Il n’y a donc de réel dévouement qu’au profit de ces éphémères instants, que l’on s‘efforce éperdument de ressusciter à chaque occasion venue. Nous ne sommes dédiés qu’à ces frêles moments d’intensités, condamnés dès leurs créations mêmes. Ils nous échappent et nous fuient, et demeurent dès lors, mémorables.

« Regenerate » de Booka Shade est de cette même nature d’un entre-deux dérisoire. Sa nature hédoniste semble agir à contre-nature d’une existence autre que temporaire. Comme si le plaisir n’était qu’une question de va-et-vient constant, d’intensité concentré en cet unique moment de libération extatique. Cette montée en deux temps, cette ascension névralgique et brumeuse. Pourtant, tout sera oublié, tout ne sera qu’une jouissance parmi tant d’autres.

C’est un sentiment bizarre que d’avoir l’impression que chaque nouvelle rencontre n’est qu’ersatz de personnes qu’on a déjà connu, que tout ce que l’on vit n’est qu’écho atténué d’un passé déjà échappé. Là est la grande tragédie, comme la conscience d’une éternelle première fois, que l’on sait ne se réincarnera pas.