Comment une chanson peut-elle être aussi parfaite ? Toute notion d’équilibre prend sens dans ce « You » hypnotique et troublant. Toute obsession se veut constamment transfigurée de manière binaire, comme s’il n’y avait qu’alternatives l’aliénation ou la transcendance. Car le spectre de cet autre oblitère toute nuance possible. Ici en revanche, Gold Panda boucle les rythmiques sur des réitérations infinies d’un « you » totalitaire, déformé, altéré mais immuablement pesant sur ces têtes de crêtes dissonantes.

S’il n’y a pas d’ambiguité sur le sujet même de l’obsession, Gold Panda en masque formidablement les vertus. Ni descente infernale, ni occultation de la réalité, tout est là, entre ces deux extrêmes d’une focalisation sans bornes. Ces « you » répétés jusqu’à déraison demeurent pourtant en contradiction avec cette légèreté ambiante. Les ruptures apportées par ces déconstructions trouvent ainsi un terreau de circonstance en ces textures souples et versatiles. De ce tumulte de l’individu et des perceptions naît ainsi un hymne équivoque, néanmoins cohésif, et paradoxalement neutre.

Gold Panda est parvenu à rationnaliser craintes et chaos d’un tourment sempiternel. « You » est une grande chanson en ce qu’elle est à la fois abstraite et concrète, à la fois profonde et vulgaire. Une belle chanson d’Homme.