J’aurais besoin d’un Dieu là. Comme quand j’étais petit, et que ma mère rentrait dans ma chambre pour me rappeler de faire ma prière. J’avais ma petite routine, comme un poème à réciter, j’en avais fait une chanson, avec toutes les choses que peuvent souhaiter un enfant de huit ans. J’improvisais parfois, rajoutant ça et là demandes occasionnelles. Il y avait quelque chose de rassurant dans ce rituel, comme une manière de cristalliser ses craintes, les focaliser, matérialiser l’absurde.

Tu avais pris l’habitude de te coucher sur le banc, et poser ta tête sur mes cuisses. C’était plus confortable que nos sacs. Benjamin avait pris une photo de nous avec un appareil photo jetable, celui dont il faut tourner une molette pour charger la pellicule. Je ne l’ai vue qu’une fois. Le vide du cadrage. Le regard fixé. Le néant figé. Il n’en reste rien. Une photo disparue.

J’aurais besoin d’un Dieu là ; me coucher ivre mort, et faire ce signe de croix. Lui demandant de ne jamais t’oublier. Lui demandant de ne jamais avoir à faire face.